Fonctions du tatouage

Nous l’aurons compris, le tatouage peut remplir diverses fonctions. Il est avant tout un symbole propre, et donc compréhensible par l’individu qui l’arbore. Cette marque corporelle peut donc symboliser l’identité complète ou non, ou encore la rupture puis l’appartenance à un groupe donné. Tous ces éléments contribuent à la construction et à l’affirmation de l’identité personnelle de tout individu. Il est donc clair que le tatouage a un réel rôle identitaire, qu’il s’agisse de démontrer son appartenance au collectif ou de chercher à y appartenir.

Le tatouage peut donc être un symbole, une matérialisation de l’identité d’un individu. Pour que la construction de cette identité se déroule, il faut que l’individu se confronte à des rites de passage durant toute sa vie. Le tatouage n’est bien sûr pas un rite de passage en lui-même, mais il le symbolise pour l’individu qui le porte. Comme nous l’avons expliqué, à l’adolescence le rite de passage consiste à abandonner en quelque sorte le cocon familial pour adopter le groupe d’ami. Le tatouage vient ici symboliser cette rupture puis cette nouvelle appartenance. Il symbolise donc le rite de passage qui a permis le franchissement d’une étape identitaire.

De nos jours la pratique du tatouage dans les instituts de beauté est souvent reliée à celle du piercing, toutes deux, assimilées aux jeunes. Il est alors possible de se demander si le rôle identitaire que l’on attribue aujourd’hui au tatouage peut également s’appliquer au piercing .

Communauté sur le tatouage

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L’accession à un nouveau statut grâce au tatouage

Le tatouage peut chez les jeunes matérialiser un rite de passage, l’accession à un nouveau statut, un nouveau groupe. L’individu se sentant entre deux rives, le tatouage lui permettrait de façon symbolique de rejoindre la rive. Le corps et plus particulièrement la peau devient ici un espace de transition, afin de surmonter cette épreuve personnelle. L’adolescence est une période difficile avec tous les changements qu’elle implique notamment ceux que subit le corps. Cette transformation apeure les adolescents, ils sentent qu’ils ne contrôlent plus leur corps, ils cherchent donc par le biais du tatouage à se l’approprier, à en reprendre possession.

Les tatouages qui sont effectués dans la période de puberté sont en général effectués en groupe, ou avec une amie, ils sont effectués sur un coup de tête ou de façon réfléchi. Le tatouage peut représenter le passage d’un groupe social à un autre, en effet il peut être la matérialisation de ce transfert via la peau. Le tatouage serait ainsi une manière symbolique de mettre un terme à une situation de transition difficile.

Ainsi, cette pratique du tatouage peut être la volonté de prendre son indépendance, de se singulariser par rapport aux autres, les rejoindre ou bien les deux à la fois. L’individu en marquant son corps ainsi va traduire la rupture qu’il souhaite effectuer avec un milieu antérieur, sa famille, une situation passée. Le corps devient le support de cette envie de rompre les liens, d’aller vers autre chose. Par exemple, il n’est pas surprenant de voir des jeunes qui à l’obtention de leur bac, décident de se tatouer et de marquer ainsi la rupture avec leurs parents. Mais ces jeunes vont également développer le sentiment qu’ayant leur diplôme en poche, ils accèdent à l’université et laissent ainsi derrière eux leur adolescence, ils acquièrent le statut d’homme, et choisissent le tatouage pour symboliser ce passage.

La marque corporelle qu’est le tatouage représente ainsi une inscription sur le corps d’une désaffiliation,  mais surtout d’une appartenance à autre chose. « Le corps d’un rockeur sans tatouage serait comme un guitariste sans guitare »[1]. Nous pouvons voir ici que le tatouage est le symbole réel de l’appartenance à un groupe, comme ici le rock.

En effet dans beaucoup de cas on observe que le corps est finalement une banderole sur laquelle on inscrit ses goûts musicaux, ses sentiments, son allégeance à un groupe donné. C’est par exemple le cas d’individus qui écoutent un certain type de musique.

Par ailleurs, il faut préciser que ce que nous voulons dire ce n’est pas que le tatouage est un rite de passage pour quiconque, mais bien qu’il peut-être la représentation symbolique d’un passage particulier dans la vie d’un individu. L’individu voulant rompre avec cet état, cette position antérieure, il va se tatouer un élément qui représenterait ce nouveau milieu auquel il appartient désormais. De plus, l’épreuve de l’inscription sur le corps d’un motif, quel qu’il soit, donne une mémoire concrète à un événement qui souvent le précède, fait naître chez l’individu le sentiment d’accéder à une nouvelle version de soi.  Si le tatouage permet de se libérer symboliquement de sa jeunesse, de grandir, d’accéder à une certaine autonomie, les marques sont alors adoptées comme signe de maturité et d’opposition critique de la société. « Il s’agit de se poser en s’opposant tout en s’affiliant ».[2]

Nous pouvons prendre l’exemple du mariage, le symbole de celui-ci étant l’anneau que chacun des deux époux se passe lorsqu’ils se disent oui, ainsi cet anneau est la symbolique du mariage. Il symbolise et représente aux yeux des autres le passage du statut de personne célibataire, ou de concubin(e) au statut de personne mariée. Nous pouvons ainsi dire que les alliances sont l’élément principal qui représente le rite de passage qu’est le mariage. On voit bien que l’on passe d’un statut à un autre. De plus ce qui fait que l’on peut dire du mariage être un rite de passage, c’est par exemple le franchissement du seuil de la maison. C’est d’une façon symbolique la manière d’entrer dans ce nouveau statut de personne, homme ou femme, mariée.

 

Cette marque provoquée volontairement, produit du lien entre les individus l’ayant subie, les rapproche autour de leur expérience individuelle ou collective. Ils se sentent non pas unis comme une tribu[3], mais ils se sentent appartenir à un groupe. Ils portent en quelque sorte la marque de ce nouveau groupe, cette marque leur favorise la reconnaissance du groupe de pairs.

En effet comme nous l’avons vu en première partie ce nouveau groupe auquel l’individu va tenter de s’intégrer est important. La personne tatouée ne va pas forcément rechercher à être accepté dans un nouveau milieu ou groupe, mais elle va acquérir un nouveau statut. Cette intégration à un nouveau groupe est importante du point de vue identitaire, car l’individu se créé son identité par ses expériences personnelles, mais pas uniquement, la construction identitaire se construit également dans le collectif.


[1] Selon les dires de Dédé, 32 ans, barman et musicien. Témoignage tiré du livre de David Le Breton, Signes d’identité. Tatouages piercings et autres marques corporelles.

[2] Signes du corps, Christiane Falgayrettes-Leveau, 2004

[3] Tribu : se caractérise en anthropologie par un ensemble d’individu partageant les mêmes croyances, ou religion et se déplaçant ensemble.

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Volonté de rompre avec un monde antérieur

Le tatouage est aujourd’hui la caractéristique de la jeunesse contemporaine, on en voit de plus en plus chez les adolescents. Il permet au jeune qui le pratique d’acquérir une certaine maturité, d’accélérer le passage au stade suivant. Pour ces jeunes, le tatouage permet, d’une certaine manière la mise à distance entre l’individu tatoué et le monde extérieur, un monde qui leur échappe.

« Certains jeunes affirment ne pas s’aimer avant cette inscription de leur corps, et  se sentent métamorphosés dès la sortie de la boutique de tatouage, ou après l’inscription d’un signe par leurs soins sur leur peau. Nous pouvons dire que ces individus vivent à leur manière un rite de passage, en effet en inscrivant leurs corps, ils veulent changer leur existence, et cela réussit parfois, car ils changent par le biais de cette pratique le regard qu’ils portent sur eux. »

Par ailleurs, la marque corporelle traduit souvent la volonté d’une prise d’autonomie, de contrôle de soi, de son corps de manière symbolique. En particulier chez les jeunes, le corps dont ils disposent n’est pas celui qui leur appartient, il est d’une certaine manière celui de leurs parents. Ce corps nécessite donc d’être modifié afin de devenir la possession totale du jeune, il veut montrer sa différence. On pourrait illustrer cette envie de rupture par le piercing au nombril des jeunes filles, volonté claire, tout en étant symbolique, de rompre le cordon ombilical.

 

Le tatouage affiche l’indépendance face au social, la volonté de l’individu de faire ce qu’il veut de son corps. La trace sur la peau chez les jeunes peut être une mise à distance d’une angoisse ou d’un mal de vivre. Les jeunes garçons en particulier, pratique le tatouage dans une volonté de rupture avec le milieu auquel ils appartenaient précédemment. Ainsi, cette pratique peut être vue comme une volonté de rompre avec le cocon familial. En effet on peut voir que souvent à l’adolescence les jeunes veulent s’affirmer en tant qu’individu à part entière. Cette affirmation de soi peut passer par le tatouage pour créer cette rupture, le jeune souhaite montrer qu’il est grand et apte à se débrouiller seul, qu’il n’a plus besoin d’être suivit par ses parents. Parfois, le tatouage est vécu comme une déclaration de guerre comme le montre le témoignage de Marie 21 ans, étudiante « C’était une manière d’échapper à mes parents, de leur montrer que, même s’ils n’étaient pas d’accord, je pouvais le faire quand même ».  L’individu se crée un rite intime de passage, en changeant son corps il se change soi.

 

Prenons l’exemple de ce jeune Eric, 17 ans qui se tatoue l’inscription « Heavy Metal » sur le bras avec une aiguille trempée dans l’encre.[1] Il fait ce tatouage sous l’influence du style de musique qu’il écoutait à l’époque, avec la volonté de créer une rupture avec ses parents par le biais de la provocation. Cependant chez ce jeune cela représente également un acte d’allégeance (acte d’obéissance, manifestation de fidélité, de soumission) à un autre groupe. Ainsi, la pratique du tatouage représente aussi le fait de rejoindre de façon symbolique un groupe, le tatouage étant le symbole de cette nouvelle appartenance et créant une rupture avec l’ancien.

Par ailleurs, les marques corporelles des sociétés contemporaines renouvellent d’une certaine manière les usages dont celles-ci sont faites dans les sociétés traditionnelles, mais sous des formes différentes. Dans les sociétés modernes, le fait de pratiquer ce marquage du corps traduit une affiliation à une communauté flottante (tel que techno, “biker”, tribale, etc.), ou encore la loyauté à des amis, à l’entourage familial ou professionnel. C’est le cas lors des tatouages effectués à plusieurs entre amis, pour se donner du courage, et pour se rassembler, se retrouver autour de quelque chose, c’est aussi une manière d’avoir cet évènement que l’on ne veut pas oublier inscrit dans notre peau. Ce lien indéfectible qui se crée par le biais de cette inscription du corps est censé résister au temps et aux épreuves que les individus vont traverser.

Les rites de passage, que nous avons définis en introduction, matérialisent en quelque sorte le passage  d’un état, un statut à un autre. Ainsi, le tatouage peut être le support à la mémoire d’un évènement, du franchissement personnel d’un passage dans l’existence, dont l’individu ne veut pas perdre le souvenir.

 


[1] La peau et la Terre : Sur les blessures de soi, David Le Breton

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Le corps comme matérialisation de certains rites de passage

D’après Van Gennep « tout individu passe par plusieurs statuts au cours de sa vie et les transitions sont fréquemment marquées par des rites diversement élaborés selon les sociétés ». Ainsi, c’est ce que l’on étudiera dans cette partie à travers l’exemple du tatouage chez les adolescents.

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Le tatouage témoin d’une recherche identitaire

L’identité peut donc être affirmée ou en mouvement constante. Dans ce dernier cas, le tatouage a également un rôle à jouer.

En effet le tatouage peut avoir la caractéristique de faire souffrir, de provoquer la souffrance chez les individus. Diverses pratiques peuvent conduire à ce résultat de souffrance, mais nous allons nous intéresser à cette souffrance recherchée avec le tatouage.

La souffrance peut ici avoir un rôle d’exploration de soi. Il peut en effet s’agir d’après Le Breton dans son livre La peau et la trace, « d’une volonté de toucher les marges de la condition humaine ».  Il faut alors comprendre que l’individu à travers le tatouage tente de remédier à un déracinement par rapport au monde social. En effet comme nous l’avons précédemment expliqué, tout individu existe grâce à la réciprocité des liens sociaux. Quand une personne se sent éloignée de ce lien social, lorsque celui-ci se sent «  loin des autres »[1], il cherche à retrouver un sentiment d’utilité. La personne cherche alors à se redéfinir au sein de cette société où les liens sociaux sont tissés entre tous les individus.

La pratique du tatouage dans ce contexte vise à redonner à l’individu une identité meurtrie. On observe alors qu’ici la personne fait face à des problèmes identitaires qu’elle tente de résoudre grâce à la souffrance qu’endure son corps, grâce à la maîtrise de ce corps. La personne a alors un sentiment d’existence au sein du collectif dans lequel s’inscrit l’identité. Il s’agit alors de « fabriquer une identité avec la douleur ».4

Le tatouage peut révéler cette recherche identitaire de différentes façons. Nous venons de voir qu’il peut s’agir d’une identité perdue ou incertaine qui peut être pleinement réalisée grâce à la douleur infligée au corps, à l’impression de maîtrise totale de celui-ci. Dans d’autres cas, cette marque corporelle peut être le symbole d’une identité inachevée. Il s’agit alors d’un manque identitaire entraînant une identification impossible au collectif. Il paraît intéressant d’illustrer cette possibilité par un exemple concret pour comprendre le rôle que peut remplir le tatouage.

Dans l’article de Simone Wiener De la griffe ordinaire à la marque subjective, l’auteur évoque ce manque identitaire chez une femme qu’elle appelle mademoiselle R. Cette dernière est d’origine arménienne, mais n’a jamais eu de réel contact avec ses origines. Son père l’emmenait chez ses grands-parents, et tous trois parlaient l’arménien. Mais mademoiselle R n’a jamais ni compris, ni parlé cette langue qui lui aurait permis un contact avec sa famille et donc avec ses origines. De cette façon, mademoiselle R ne connaît pas ses origines, sa langue paternelle ou encore l’histoire familiale. Tous ces éléments qu’elle ignore ont concouru à un réel vide identitaire chez mademoiselle R.

Ainsi cette jeune femme, après la mort de ses grands-parents et de son père, s’est vus remettre une bague de sa grand-mère. Cette bague ne la quitte jamais, de cette façon mademoiselle R a l’impression d’entretenir une relation privilégiée avec sa grand-mère paternelle.

Le premier tatouage de mademoiselle R, placé sur son avant-bras, a rempli le même rôle symbolique que cette bague. En effet mademoiselle R s’est fait son premier tatouage dans le but d’établir un lien avec sa grand-mère. Ces disparitions brutales ont eu pour conséquence une impression de coupure avec toute sa famille. Mademoiselle R ne se sentait plus appartenir à sa lignée. Cette impression d’appartenance était avant fondée sur le contact physique et sensoriel qu’elle entretenait avec ses grands-parents. En effet elle avait la possibilité de les voir ainsi que de les entendre. Même si la jeune femme ne comprenait pas sa langue paternelle, les sons de celle-ci lui étaient familiers. Ainsi, la mort de sa grand-mère, qu’elle affectionnait particulièrement a constitué une véritable perte pour mademoiselle R. Le tatouage a ici pour objectif de figurer, de matérialiser l’absence.

Le tatouage symbolise donc pour cet individu une relation privilégiée avec sa lignée  et ses origines perdues. De façon plus générale, le tatouage peut donc symboliser pour un individu donné un pansement identitaire. Il s’agit pour certains individus de combler grâce à ces marques corporelles un vide empêchant une identité d’être pleine et entière.

 


[1] Le Breton, La peau et la trace : sur les blessures de soi, 2003

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L’identité construite et matérialisée avec le tatouage

D’après Le Breton la peau représente les limites de soi, c’est-à-dire qu’elle établit une frontière entre l’individu et les autres, entre le dedans et le dehors. Elle enveloppe, et présente donc d’une façon particulière l’individu en la distinguant des autres.

Dans les années 80 et 90, on assiste à la naissance d’un réel souci de maîtrise du corps. Tout individu devient alors le producteur de sa propre identité.

Dans un premier temps, il parait important de souligner le rôle esthétique que peut  remplir le tatouage. Sa pratique peut donc être simplement expliquée par une envie du beau, et donc d’embellir son corps. Van Gennep, célèbre anthropologue, nous parle du corps humain « traité comme un simple morceau de bois que chacun taille et arrange à son idée». Cependant, cette explication n’est pas la seule et peut compléter l’idée de construction de l’identité que nous allons développer.

Le tatouage peut symboliser l’individualité pour un individu donné. Cette dimension d’individualité est très importante dans la construction de l’identité. Il s’agit en effet d’une marque qui caractérise cet individu, le présentant dès lors comme une personne distincte de toutes les autres. C’est alors une marque corporelle visant à se faire reconnaître comme un individu unique aux yeux de toutes les personnes extérieures. Comme nous l’avons précédemment expliqué, l’identité se fait en grande partie par rapport au collectif. Cette marque de distinction permettant cette reconnaissance apparaît alors comme un élément indispensable. En effet cette marque corporelle permet de façon directe d’identifier cet individu. L’individu est donc inscrit dans le collectif. Pour le développement de son identité personnelle, il peut recourir à cette méthode pour être identifié comme un individu unique. Cette personne est alors considérée dans sa singularité par le collectif, les informations perçues par les autres venant de l’apparence.

L’aspect esthétique du tatouage peut renforcer cette idée d’individualité dans la construction de l’identité personnelle. En effet, comme nous l’avons observé il est possible que la marque corporelle soit unique elle aussi, ainsi l’individu devient d’autant plus identifiable par cette simple trace. Ces tatouages uniques sont  d’ailleurs très demandés aux professionnels.

 

Par conséquent, le tatouage peut être utilisé de façon à symboliser et donc à matérialiser l’identité personnelle de l’individu qui l’arbore. Ainsi, Le Breton dans son livre Signe d’identité nous explique que « … l’individu trace lui-même ses limites pour le meilleur et pour le pire, il érige de manière mouvante et délibérée ses propres frontières d’identité, la trame de sens qui oriente son chemin et lui permet de se reconnaître comme sujet. »

Le Breton évoque le terme de « bricolage identitaire ». L’auteur nous explique qu’actuellement tout individu est amené à produire sa propre identité. De plus de nos jours il est possible d’utiliser de multiples matériaux dont le tatouage fait partie, mais pas uniquement. Il peut également s’agir d’autres marques telles que les scarifications ou les brûlures par exemple. Le Breton désigne les individus comme étant les « artisans de leur existence ». Tout individu peut alors modifier son corps et grâce à ce processus, se démarquer des autres et affirmer clairement son identité personnelle. Le corps peut alors être perçu comme le lieu de « l’affirmation de sa liberté ».[1]

Le « body art » pousse à l’extrême cette logique des corps comme matériaux de dissociation et d’individualisation. Le corps devient dans cet art le support pour les individus de revendiquer cette possibilité de remanier à sa guise des formes inédites de création. En effet les tatouages comme d’autres marques corporelles, irrévocables ou non sont devenus des accessoires de beauté, des parures définitives. Mais celles-ci ont pour objectif d’affirmer le sentiment d’identité, et donc de construire en quelque sorte une mise en scène de soi au sein du collectif. L’identité apparaît alors comme un sentiment, le sentiment d’être soi résultant des relations avec autrui.

 

Il est important de souligner que les professionnels tels que les tatoueurs apposent sur le corps de leurs clients des identités choisies et toujours révocables. Il faut alors comprendre que les marques corporelles peuvent représenter une identité éphémère, et que l’individu peut donc être dans une constante recherche de son identité personnelle. A ce moment le tatouage peut être le symbole de cette recherche d’identité personnelle.


[1] Le Breton, Signe d’identité. Tatouages, piercings et autres marques corporelles, 2002

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Le corps comme lieu de matérialisation de l’identité

Ici le terme d’identité doit être entendu et compris au sens psychologique. C’est-à-dire qu’il s’agit d’une construction dynamique de l’unité de la conscience de soi au travers de relations intersubjectives, des communications langagières et des expériences sociales. Plus simplement, l’identité personnelle est étroitement liée à l’identité collective, car elle s’inscrit toujours dans une relation interactive avec autrui. C’est la rencontre avec autrui qui permet par identification ou par opposition. L’adolescence est un moment particulier de formation de l’identité. Cette identité s’affirme de l’enfance à l’âge adulte par des stades successifs marqués par des crises et des réaménagements.

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