Le tatouage peut chez les jeunes matérialiser un rite de passage, l’accession à un nouveau statut, un nouveau groupe. L’individu se sentant entre deux rives, le tatouage lui permettrait de façon symbolique de rejoindre la rive. Le corps et plus particulièrement la peau devient ici un espace de transition, afin de surmonter cette épreuve personnelle. L’adolescence est une période difficile avec tous les changements qu’elle implique notamment ceux que subit le corps. Cette transformation apeure les adolescents, ils sentent qu’ils ne contrôlent plus leur corps, ils cherchent donc par le biais du tatouage à se l’approprier, à en reprendre possession.
Les tatouages qui sont effectués dans la période de puberté sont en général effectués en groupe, ou avec une amie, ils sont effectués sur un coup de tête ou de façon réfléchi. Le tatouage peut représenter le passage d’un groupe social à un autre, en effet il peut être la matérialisation de ce transfert via la peau. Le tatouage serait ainsi une manière symbolique de mettre un terme à une situation de transition difficile.
Ainsi, cette pratique du tatouage peut être la volonté de prendre son indépendance, de se singulariser par rapport aux autres, les rejoindre ou bien les deux à la fois. L’individu en marquant son corps ainsi va traduire la rupture qu’il souhaite effectuer avec un milieu antérieur, sa famille, une situation passée. Le corps devient le support de cette envie de rompre les liens, d’aller vers autre chose. Par exemple, il n’est pas surprenant de voir des jeunes qui à l’obtention de leur bac, décident de se tatouer et de marquer ainsi la rupture avec leurs parents. Mais ces jeunes vont également développer le sentiment qu’ayant leur diplôme en poche, ils accèdent à l’université et laissent ainsi derrière eux leur adolescence, ils acquièrent le statut d’homme, et choisissent le tatouage pour symboliser ce passage.
La marque corporelle qu’est le tatouage représente ainsi une inscription sur le corps d’une désaffiliation, mais surtout d’une appartenance à autre chose. « Le corps d’un rockeur sans tatouage serait comme un guitariste sans guitare »[1]. Nous pouvons voir ici que le tatouage est le symbole réel de l’appartenance à un groupe, comme ici le rock.
En effet dans beaucoup de cas on observe que le corps est finalement une banderole sur laquelle on inscrit ses goûts musicaux, ses sentiments, son allégeance à un groupe donné. C’est par exemple le cas d’individus qui écoutent un certain type de musique.
Par ailleurs, il faut préciser que ce que nous voulons dire ce n’est pas que le tatouage est un rite de passage pour quiconque, mais bien qu’il peut-être la représentation symbolique d’un passage particulier dans la vie d’un individu. L’individu voulant rompre avec cet état, cette position antérieure, il va se tatouer un élément qui représenterait ce nouveau milieu auquel il appartient désormais. De plus, l’épreuve de l’inscription sur le corps d’un motif, quel qu’il soit, donne une mémoire concrète à un événement qui souvent le précède, fait naître chez l’individu le sentiment d’accéder à une nouvelle version de soi. Si le tatouage permet de se libérer symboliquement de sa jeunesse, de grandir, d’accéder à une certaine autonomie, les marques sont alors adoptées comme signe de maturité et d’opposition critique de la société. « Il s’agit de se poser en s’opposant tout en s’affiliant ».[2]
Nous pouvons prendre l’exemple du mariage, le symbole de celui-ci étant l’anneau que chacun des deux époux se passe lorsqu’ils se disent oui, ainsi cet anneau est la symbolique du mariage. Il symbolise et représente aux yeux des autres le passage du statut de personne célibataire, ou de concubin(e) au statut de personne mariée. Nous pouvons ainsi dire que les alliances sont l’élément principal qui représente le rite de passage qu’est le mariage. On voit bien que l’on passe d’un statut à un autre. De plus ce qui fait que l’on peut dire du mariage être un rite de passage, c’est par exemple le franchissement du seuil de la maison. C’est d’une façon symbolique la manière d’entrer dans ce nouveau statut de personne, homme ou femme, mariée.
Cette marque provoquée volontairement, produit du lien entre les individus l’ayant subie, les rapproche autour de leur expérience individuelle ou collective. Ils se sentent non pas unis comme une tribu[3], mais ils se sentent appartenir à un groupe. Ils portent en quelque sorte la marque de ce nouveau groupe, cette marque leur favorise la reconnaissance du groupe de pairs.
En effet comme nous l’avons vu en première partie ce nouveau groupe auquel l’individu va tenter de s’intégrer est important. La personne tatouée ne va pas forcément rechercher à être accepté dans un nouveau milieu ou groupe, mais elle va acquérir un nouveau statut. Cette intégration à un nouveau groupe est importante du point de vue identitaire, car l’individu se créé son identité par ses expériences personnelles, mais pas uniquement, la construction identitaire se construit également dans le collectif.
[1] Selon les dires de Dédé, 32 ans, barman et musicien. Témoignage tiré du livre de David Le Breton, Signes d’identité. Tatouages piercings et autres marques corporelles.
[2] Signes du corps, Christiane Falgayrettes-Leveau, 2004
[3] Tribu : se caractérise en anthropologie par un ensemble d’individu partageant les mêmes croyances, ou religion et se déplaçant ensemble.